Les Veilleurs de la Paix à Haudainville (55)

Carte d'HaudainvilleLes veilleurs de la paix de Haudainville

 

Les « Veilleurs de la Paix » sont un monument, constitué de 4 statues en fonte, aux formes floues, sorte de sentinelles disposées aux 4 points cardinaux.

Ce monument a été créé en 2002, aux portes de la ville de Verdun, à l’initiative de l’ANPAVI « Association Nationale des Parents et Amis des Victimes des Interventions de Paix dans les Balkans ». Il a été érigé pour honorer la mémoire des soldats français tombés en ex-Yougoslavie, et plus généralement dans les Balkans.

« Par notre vie, pour votre paix ». Telle est l’inscription au pied d’une des statues.

Mais ce monument est, en 2011, au centre d’une polémique.

En effet, nombre de personnes réclament un monument à la mémoire de tous les militaires français morts en opérations extérieures, et en particulier l’association FNAME « Fédération Nationale des Anciens des Missions Extérieures », qui œuvre pour cela depuis 2001.

Et il pourrait être question de déplacer ces statues de Haudainville à Paris, pour qu’elles deviennent « Le monument commémoratif national aux opérations extérieures ».

Lors de la dissolution de l’ANPAVI, l’association avait souhaité que le Souvenir Français prenne en charge ce monument, et le président général du Souvenir Français, Gérard Delbauffe, pense en faire don. « J’ai alors considéré que l’occasion serait bonne d’en faire un monument national aux opérations extérieures, pour qu’il n’y ait pas un monument par opération, au risque d’un émiettement de la mémoire ».  Des contacts ont déjà été pris avec le secrétaire d’état à la défense et la mairie de Paris.

En revanche, Laurent Attar-Bayrou, président de la FNAME, pense que « ce monument ne peut en aucun cas représenter l’ensemble des morts en opérations extérieures, étant donné qu’il a déjà été inauguré pour les morts en ex-Yougoslavie ».

Pour l’instant, ils ne sont toujours honorés que sur Internet.

In Memoriam


Archives pour la catégorie LIEUX DE MEMOIRE EN LORRAINE

Le monument des fusillés de Robert-Espagne (55)

Monument des fusillés de Robert Espagne

 

Le 29 août 1944, les troupes allemandes battant en retraite fusillaient 52 personnes et incendiaient le village de Robert-Espagne. Les victimes étaient inhumées sur place.

Un menuisier du village confectionna une croix faite de poutres calcinées prélevées dans les ruines et la planta au milieu de la rangée de tombes. Elle y est toujours.

Témoignage de l’émotion du moment, cette croix fut la base du monument érigé dix ans plus tard par les architectes et entrepreneurs ayant œuvré à la reconstruction du village. Le Souvenir Français participa à l’opération et assura, au cours du temps, les travaux d’entretien se révélant nécessaires. Le général de Gaulle vint rendre hommage aux fusillés le 28 juillet 1946.

D’autres villages de la vallée de la Saulx (Couvonges et Beurey) ont connu le même sort. Au total, 86 personnes ont été victimes des éxécutions et des incendies. Depuis ce 29 août 1944, ces villages sont appelés « les villages martyrs ».

Robert-Espagne a reçu, des mains du général Zeller, la croix de guerre, le 29 août 1949.

Chaque année, à la date anniversaire, le souvenir des victimes est évoqué. Des cérémonies commémoratives organisées au tertre des fusillés, ont lieu, en présence des familles des victimes, de nombreuses personnalités civiles et militaires, de l’évêque de Verdun ou de son représentant, et des associations patriotiques et d’anciens combattants.

 

Le temps n’a, hélas, pas épargné le monument et sa restauration devient nécessaire. C’est pourquoi la municipalité de Robert-Espagne a fait le choix d’entreprendre des travaux et de demander à la population de l’aider à mener à bien ce projet.

La nature des travaux est :
-
Restauration de la Croix : démontage, nettoyage, traitement de restauration et d’imperméabilisation.
-
Restauration de la partie « pierre » du monument : remise à niveau du dallage, reprise des fissures et intervention sur dalles détériorées, remise en peinture des noms des fusillés (52), traitement de la porosité de la pierre et restauration des plaques commémoratives.

Une souscription est ouverte et vous pouvez participer au financement de ce projet.

Le monument de Bathelémont-lès-Bauzemont (54)

Carte de BathelémontLe premier monument en 1918Inhumation de soldats americains en 1917La plaque du monument de Barthelemont

 

Extraits d’un article paru dans la « Revue Lorraine Populaire » de février 1984.

Bathelémont est une petite commune située à 14 kilomètres au nord de Lunéville, près d’Einville et Valhey. Durant la première guerre mondiale, le 3 novembre 1917 exactement, c’est à proximité de celle-ci que tombèrent au combat les trois premiers soldats des Etats-Unis d’Amérique, tués sous l’uniforme américain.

Peu avant la fin du conflit, un monument commémoratif, érigé par souscription régionale, s’élevait face à l’église en ruines. Il fut inauguré le 3 novembre 1918, en la mairie de Nancy, les lignes proches ne permettant pas son inauguration sur place.

Dessiné par un artiste ébéniste lorrain, exécuté dans une pierre blanche d’Euville (Meuse), il fut assemblé sur place. La cérémonie à Bathelémont eut lieu quelques temps après, en la présence du maréchal Lyautey.

Le 21 août 1921, l’American Legion, lors de sa visite à Flirey, remit une plaque symbolique en bronze, destinée à ce monument. Puis, plus tard, vint s’ajouter sur le socle, en avers, une réplique de la sculpture « Au but » d’Alfred Boucher. Il représente trois coureurs dans un élan qui les rapproche, se précipitant vers le but, les bras tendus.

Au début de la seconde guerre mondiale, lorsque les Allemands envahissent la France, le maire de Bathelémont, réussit à desceller ce motif et à le dissimuler. Puis il camoufla les inscriptions qui se trouvaient sur le revers du monument, en coulant du plâtre dans les cavités des lettres du texte gravé. Mais les Allemands les mirent à jour, et, les jugeant diffamatoires à leur égard, firent dynamiter le monument en octobre 1940.

Voici les textes du monument initial :
Première face : « France Etats-Unis 1917. La lorraine aux Etats-Unis ».
Deuxième face : « Ici en terre lorraine, reposent les trois premiers soldats américains tués à l’ennemi le 3 novembre 1917.
Caporal J.B. Gresham (d’Evansville) – Soldat Thomas F. Enright (de Pittburgh) – Soldat Merle D. Hay (de Glidden).
En fils dignes de leur grande et noble nation, ils ont combattu pour le droit, pour la liberté, contre l’impérialisme allemand, fléau du genre humain. Ils sont morts au champ d’honneur ».

La reconstruction du monument après la seconde guerre mondiale, a pour origine la visite que fit à Bathelémont, le général George C. Marshall, alors président de l’American Battle Monuments Commission, le 18 septembre 1952. Là, avec le préfet du département, il envisage une possible restauration du monument.

Le 9 mai 1955, une nouvelle stèle fut mise en place, sous la direction du maire de Bathelémont. Elle était composée d’un bloc de granit des Vosges dans son état brut, pesant près de 3 tonnes, comportant en avers et revers un encart poli.

L’un reprenait une partie du texte du premier monument, suivi des noms des trois soldats tués :
« Ici en terre lorraine, reposent les trois premiers soldats américains tués à l’ennemi le 3 novembre 1917.
Caporal J.B Gresham (d’Evansville) – Soldat T.F. Enright (de Pittburgh) – Soldat M.D. Hay (de Glidden) ».
L’autre est une phrase d’hommage attribuée au général Marshall :
«Here lie the first soldiers of the United States to fall on the fields of France for justice and liberty. General G.C. Marshall».

Le monument a été transféré à nouveau le 19 août 1977, sous la direction du Souvenir Français,  par le 4e Régiment de Commandement et de Soutien, à proximité du cimetière communal.

Depuis sa création, le nouveau monument a suscité bien des commentaires, principalement à cause des inexactitudes qui y sont mentionnées.
1 – Lorsque le visiteur lit le texte gravé sur le monument : « Ici reposent les premiers soldats des Etats-Unis tombés sur les champs de France pour la justice et la liberté », il pense que les soldats sont inhumés sous le monument. Il n’en est rien, et les soldats n’ont jamais été inhumés sous le monument. Le 4 novembre 1917, les « doughboys » ont été enterrés dans le pré du château Montjoie, face aux tombes françaises. Les corps ont été exhumés le 9 mars 1921, pour être rapatriés aux Etats-Unis, dans leurs contrées respectives.
2 – Ces soldats ne sont pas morts à Bathelémont, ni même sur le territoire de la commune, mais dans les tranchées de la colline dominant le village, connue géographiquement comme le « Haut de Ruelle », que les militaires français baptisèrent « colline d’Artois » et qui faisait partie du secteur militaire de Bathelémont.

Le caporal James Bethel Gresham était né le 23 août 1893 (McLean County, USA) et s’était engagé le 23 avril 1914. Il a été ré-inhumé au cimetière Locust Hill d’Evansville.

Le soldat Thomas Francis Enright était né le 8 mai 1887 (Blomfield, USA) et s’était engagé en 1909. Il a été ré-inhumé à Pittsburg.

Le soldat Merle David Hayétait né en 1896. Il a été ré-inhumé au cimetière West Lawn de Glidden. 

Le cimetière allemand de Cheppy (55)

Carte du cimetière de CheppyCimetière de Cheppy pendant la première guerreCimetière allemand de la Butte du VauquoisCimetière de Cheppy aujourd'huiPlaque du cimetière de CheppyCérémonie 2009

Le cimetière militaire allemand de Cheppy a été créé fin septembre 1914, après les premiers combats entre l’Argonne et la Meuse, par les troupes allemandes elles-mêmes. Il regroupait les soldats morts lors des combats autour de Varennes-en-Argonne et de Montfaucon les 2 et 3 Septembre, ainsi que lors des combats d’Apremont et de Cheppy dans les derniers jours de septembre 1914.

La ligne de front étant restée pratiquement inchangée jusqu’en 1918, d’autres soldats ont été enterrés tout au long de la guerre. Ils étaient tombés lors des féroces combats en Argonne, fin 1914, au cours de l’année 1915 et en mars 1916, lorsque la bataille de Verdun était étendue à la rive gauche de la Meuse.

Après la guerre, le cimetière a été agrandi et aménagé, par les autorités militaires françaises. Les ossements de soldats allemands découverts lors de la restauration de la forêt d’Argonne, qui a duré jusqu’en 1939, étaient tous enterrés au cimetière de Cheppy.

Un accord a été signé en 1926, entre les autorités militaires françaises et la commission allemande responsable des sépultures de guerre. Les premiers travaux d’aménagement et de restauration du cimetière de Cheppy ont été la plantation d’arbres. Au cours des années suivantes, de la pelouse a été semée, des croix en bois ont été érigées, des murets ont été construits autour des tombes communes ainsi qu’à l’entrée du cimetière. Pour des raisons financières et surtout, malheureusement, à cause de la seconde guerre mondiale, les travaux n’ont pas été terminés.

A la suite de l’accord franco-allemand du 19 juillet 1966, la commission allemande responsable des sépultures de guerre, aidée financièrement par le gouvernement fédéral, a enfin pu réaliser la conception définitive des cimetières militaires allemands de la première guerre mondiale en France.

Les tombes communes ont été restaurées, des plaques commémoratives ont été posées. Des haies furent plantées, l’espace d’accueil fut rénové, et une croix en acier forgé a été érigée comme monument central. Enfin, les croix provisoires en bois furent remplacées par des croix métalliques.

Dans ce cimetière reposent 6130 soldats allemands, dont 2341 en tombes individuelles. Dans les deux tombes communes, reposent 3789 soldats, dont 3566 sont inconnus.

Le 13 novembre 2009, une cérémonie particulière a eu lieu dans le cimetière de Cheppy. Il s’agissait de l’inhumation des dépouilles de 35 soldats allemands découverts lors d’une fouille en 2008 sur la butte du Vauquois.

A cet endroit-même, les combats entres Français et Allemands, menés dès septembre 1914, ont fait plus de 15 000 morts. « La butte était une forteresse qui ressemblait au musée des horreurs », a rappelé lors de la cérémonie Pierre Picard, l’un des membres des « Amis du Vauquois », l’association qui organise les fouilles sur le site.

Cette cérémonie s’est déroulée en présence d’autorités allemandes et françaises, militaires et civiles, et de descendants des trois soldats ayant pu être identifiés.

Photos de la cérémonie.

L’étang des morts de Bosserville

Cartede l'étang des mortsMonument de Bosservillebosserville1Bosserville 2Bosserville 3

 

D’après un article d’Emile Badel paru dans la revue « Le pays lorrain » en 1906

Un soir du dernier mois d’octobre, je reçus cette lettre :  « Je lis avec le plus grand plaisir et le plus vif intérêt vos articles qui peignent si bien la beauté de notre cher pays lorrain. Vous chantez les ruisseaux qui nous apportent dans leurs murmures d’historiques souvenirs, et vous célébrez en termes émouvants les grandes mémoires de nos ducs et celles des femmes héroïques qui s’appellent Marguerite d’Anjou, Jeanne d’Arc et Marie Stuart. C’est l’idéal rêvé et réalisé.

Vos pages sur la Chartreuse de Bosserville, le beau monument lorrain, sont admirables et très goûtées. Si vous retournez à Bosserville, au sortir du pont stratégique de Laneuveville, vous voyez devant vous, sur la lisière du bois, une villa ou maison de robin. Vous vous dirigez de ce côté par un petit sentier qui domine le côté ouest de la Chartreuse. Dans le mur de clôture, vous voyez s’ouvrir une grande porte, appelée la porte des Morts.

En 1813, après la désastreuse campagne d’Allemagne, la Chartreuse servit d’ambulance pour recueillir les débris de l’armée. Ces malheureux mourant de faim et de misères, étaient, de plus, décimés par la peste. Des femmes héroïques de Lorraine se sont dévouées, et plusieurs sont mortes victimes de leur dévouement.

En continuant votre sentier, vous arrivez la maison du Robin, le chemin qui passe devant vous conduit, à travers la clairière du bois, dans un enfoncement. A votre gauche, se trouve une fontaine, appelée Fontaine d’Amour. On l’a aveuglée, probablement parce que l’amour est aveugle.

A votre droite, se trouve ce qu’on appelle l’Étang des Morts. C’est là que reposent les héros de Lutzen, de Bautzen et de Dresde. Combien sont-ils ? En très grand nombre, car les gens du pays disaient que ces pauvres soldats mouraient comme des mouches et qu’on emportait leurs cadavres sur des chariots, sur lesquels on les entassait. Ces chars, passant par la porte des Morts, étaient dirigés vers l’étang des Morts.

Cet étang, alimenté par un petit ruisseau, servait de réservoir de poissons pour les Chartreux. On l’a desséché en le comblant de la façon que je viens de vous dire. Le ruisseau qui recevait le capital des eaux de la fontaine coulait et coule encore à ses heures, se jeter dans la Meurthe après avoir traversé sous un pont la route de Tomblaine.

A votre retour, par le même chemin, vous laissez à votre droite la Tuilerie de Bosserville, c’est dans les dédales de ce labyrinthe que Dom Anthelme, chartreux, disait la messe pendant la Terreur. Il se cachait dans les bois et venait de temps en temps dans la cellule d’angle du mur nord-ouest. Pendant la Révolution, cette cellule fut le foyer de la religion pour tous les villages environnants. J’ai connu des vieillards qui me disaient les larmes aux yeux : « C’est là où j’ai fait ma première communion, où je me suis marié, etc. ».

Après avoir dépassé la Tuilerie, vous allez droit devant vous, et vous franchissez un ruisseau qui alimentait aussi, comme son voisin, un étang, réservoir de poissons. Du reste, la digue l’indique assez. Vous suivez ce grand mur ouest et nord, vous traversez un coin du bois de la Brûlée puis, au sortir, vous vous trouvez en face d’un de ces panoramas admirables que vous savez si bien décrire. Car, chez vous, les mots sont peintres.

Vous descendez, prenez le chemin d’Art-sur Meurthe. Vous y arrivez, après avoir traversé les ruisseaux de Mon-Repentir et du pré de la Saute. Tous deux viennent de la queue de l’étang et alimentaient encore des réservoirs. Chez nous, les ruisseaux sont utilitaires.

Je vous conduis ainsi à Art-sur-Meurthe, pour vous prier d’aller consulter les registres de la commune. Un ancien maire me disait : « Je m’amuse parfois à lire les noms des soldats morts à la Chartreuse, de ceux dont on a pu saisir l’état-civil ».

Leurs descendants ignorent sans doute le lieu de leur sépulture. Ces pauvres oubliés n’ont pour prières que le murmure du vent et des grands arbres de la forêt. A l’époque de la Toussaint et du centenaire de Napoléon, ce serait peut-être le moment de ressusciter ces patriotiques souvenirs.

Un vieux Lorrain de 1840

D’après un article d’Emile Badel paru dans la monographie
« Monument de Bosserville aux soldats morts pour la patrie en 1793-1794 et en 1813-1814 » en 1911.

Après la glorieuse campagne d’Allemagne de 1813 et les victoires fameuses de Lutzen, de Bautzen et de Dresde, la Grande Armée de Napoléon Ier se repliant sur la France, traversa lentement l’Alsace et la Lorraine.

La peste, le typhus, toutes les maladies épidémiques vinrent bientôt accabler nos jeunes héros – ces Marie-Louise, comme on les appelait – et l’on dut les isoler par centaines et par milliers, dans plusieurs de nos villages, d’anciens monastères abandonnés, tels que la Chartreuse de Bosserville, à quelques kilomètres de Nancy.

Chaque jour, ces jeunes soldats de la plus grande France d’alors, Français, Belges, Hollandais, Rhénans, Luxembourgeois, Italiens et Suisses, parmi lesquels se trouvaient aussi de nombreux prisonniers russes et espagnols, étaient décimés par le fléau. A quelques centaines de mètres de la Chartreuse, dans le bois Robin actuel, se trouvaient trois étangs ou réservoirs de poissons pour les moines. On vida ces étangs, et chaque jour, durant plusieurs mois, on y jeta en tas les morts de la Grande Armée, les pauvres soldats abattus par la maladie. (Le Comité vient d’apprendre que les morts de 1813-1814 ne sont pas seuls dans les Etangs des Morts de Bosserville. En l’An II et en l’An III de la République, la Chartreuse avait déjà servi de lazaret militaire, et plus de 3oo soldats français furent inhumés à cette époque à Bosserville).

L’oubli se fit bientôt sur ces tombeaux. Les étangs et la colline furent boisés… et les ossements de plusieurs centaines de soldats français – d’aucuns disent 2 ou 3000, d’après la tradition locale – restèrent là sans sépulture honorable, depuis bientôt un siècle.Le souvenir de ces jeunes héros se conservait seulement dans le pays… souvenir bien effacé aujourd’hui… quand, il y a cinq ans, des coeurs patriotes résolurent de tirer de l’oubli ces morts de Bosserville et d’ériger près des Etangs des Morts du Bois Robin un modèle monument, qui redirait aux passants la mémoire de nos soldats de 1813.

Plusieurs cérémonies grandioses ont eu lieu, avec le concours des sociétés patriotiques de Nancy et des environs, des Belges de Nancy, de généreux promoteurs et depuis quelques années, un véritable pèlerinage s’est fondé aux Etangs des Morts de Bosserville.Nous avons pensé que l’heure était venue de faire davantage. Déjà des plaques de marbre blanc, apposées à Bosserville, redisent aux visiteurs ce qui s’est passé en cet humble hameau.

Mais il faut plus et mieux. Il convient de marquer d’un signe auguste la tombe de ces jeunes braves, d’ériger un monument, une pyramide de granit de 7 à 8 mètres de hauteur, ornée d’une bague de chêne et de laurier, pyramide qui se dressera sur la colline dominant la vallée de la Meurthe, entre Nancy et Saint-Nicolas de Port.

Dans ce but, un Comité s’est formé, en dehors et au-dessus des partis politiques, composé de bons Lorrains et de bons Français, de présidents de sociétés belges et italiennes, et qui a l’intention de mener à bonne fin, avant le centenaire de 1913, l’oeuvre de pieuse commémoration qu’il a entreprise. L’inauguration officielle du monument eut lieu le dimanche 30 octobre 1910.

La nécropole russe de Valleroy (54)

Carte de ValleroySculpture du cimetière russe de Valleroy

 

Dans le cimetière de Valleroy (Meurthe-et-moselle), reposent cinquante-quatre soldats russes, prisonniers de guerre des Allemands pendant la seconde guerre mondiale et décédés pendant leur captivité.

Ces soldats sont tous morts d’épuisement, tant ils ont été exploités au fond des mines de fer lorraines.

Ce sont les Allemands eux-mêmes qui les ont enterrés en lisière du bois de Vroaille, et dès le lendemain de la guerre, un groupe d’anciens combattants et de résistants décide d’aménager cette lisière de bois en lieu de repos décent.

Un projet de stèle commémorative dans le cimetière est à l’étude dès 1960. Les autorités soviétiques de l’époque n’ont jamais été sollicitées pour la concrétisation du projet (période de « guerre froide »), et c’est finalement un ancien mineur local qui a conçu la sculpture.

Cette sculpture représente trois hommes aux ventres creux, soudés l’un à l’autre, exprimant la solidarité et l’espoir de revoir leur pays indiqué en direction du bras tendu.

Hommage de la Lorraine, en particulier la Lorraine du fer, à ceux que la guerre a fait périr sur notre sol, loin de chez eux.

Une cérémonie commémorative est organisée tous les ans, en présence d’autorités civiles et d’associations patriotiques. Elle aura lieu le dimanche 16 mai 2010.

Source de l’article

Le cimetière américain d’Epinal (88)

Carte du cimetière amricain d'EpinalMonument du cimetière d'EpinalIntérieur du cimetière d'EpinalInterieur de la chapelle

 

Ce cimetière, d’une superficie d’environ 22 hectares, fut construit sur le site libéré le 21 septembre 1944 par la 45ème Division d’Infanterie américaine. Dans les quinze jours suivant cette libération, un cimetière provisoire fut installé sur ce plateau dominant la Moselle. Lorsqu’après la guerre, les cimetières temporaires furent désaffectés par les services américains d’enregistrement des sépultures (American Graves Registration Services), les dépouilles mortelles des militaires dont les familles souhaitaient l’inhumation en terre étrangère, furent transférées dans les cimetières permanents généralement les plus proches.

La jouissance gratuite du terrain, fut concédée à perpétuité par le gouvernement français.

Les 5255 combattants enterrés (5186 soldats identifiés et 69 soldats inconnus) dans ce cimetière, trouvèrent la mort au cours des combats dans le centre de la France, les Vosges, la vallée du Rhin et en Allemagne. Ils représentent 42% des inhumations initialement effectuées dans la région.

Le Mémorial, de structure angulaire, est composé d’une chapelle et d’un musée, séparés par un portique. La façade sud s’orne de deux imposantes sculptures en bas-relief.

Le musée : Au dessus de la porte d’entrée, apparaît le grand sceau des Etats-Unis. Une carte en mosaïque de verre coloré représente les opérations américaines et alliées depuis le débarquement du 15 août 1944 dans le sud de la France jusqu’à la jonction avec les forces alliées venant de Normandie, le 11 septembre 1944 à Sombernon, près de Dijon, et la progression vers l’est, la traversée du Rhin et de l’Allemagne jusqu’à la rencontre des premiers éléments de la 5ème armée américaine au sud du col de Brenner.

Les principales forces alliées, terrestres, navales et aériennes qui participèrent à ces opérations, sont énumérées sur les panneaux aux extrémités de la mosaïque, tandis que leur déroulement est relaté sur le mur adjacent.

La chapelle est située dans la partie est du Mémorial, et l’on y accède par des portes en bois vitrées. A gauche de l’entrée, dans l’abside nord, l’autel en marbre rouge antique provenant du sud de la France. Au dessus de l’autel, se trouve une grande sculpture représentant l’Ange de la Paix.

Des groupes de drapeaux encadrent l’autel : à gauche, le drapeau de l’armée américaine de 1775, le drapeau américain et le drapeau du corps d’armée des « Marines ». A droite, le drapeau de la marine, le drapeau américain, et le drapeau de l’armée de l’air.

La cour d’honneur, de forme rectangulaire, est entourée de murs en calcaire de Rocheret, provenant du Jura, sur lesquels sont gravés les noms des 424 soldats portés disparus dans la région, qui donnèrent leur vie au service de leur patrie, et dont les restes n’ont jamais été retrouvés ou identifiés. Par la suite, certaines dépouilles mortelles ont été mises à jour et identifiées. Un astérisque les signale.

L’inscription suivante est portée au dessus de ces noms : « Sur ce mur sont gravés les noms des combattants américains qui ayant fait à leur patrie le don de leur vie reposent en des lieux inconnus ».

Les deux carrés des tombes, en forme d’éventail, contiennent les sépultures de 5255 combattants, hommes et femmes originaires de tous les états de l’union. Une tombe contient les corps de trois soldats identifiés, dont les dépouilles mortelles n’ont pu être séparées, tandis qu’une autre abrite celles de deux soldats inconnus.  Dans quatorze cas, deux frères sont enterrés côte à côte, et soixante-neuf tombes contiennent les dépouilles mortelles d’Inconnus, dépouilles qu’il n’a pas été possible d’identifier. Une stèle de marbre blanc surmonte chaque tombe.

Les plantations à l’intérieur même du cimetière sont composées de groupes de hêtres, tandis que des platanes bordent les allées. Des cerisiers du Japon et des aubépines bordent les bois adjacents au mât du drapeau. La construction de ce cimetière fut achevée au printemps de l’année 1956 et la cérémonie d’inauguration se déroula le 23 juillet 1956.

Le 12 mai 1958, treize cercueils, recouverts du drapeau américain, furent placés côte à côte sous un dais à l’extrémité nord du mémorial. Chaque cercueil contenait les restes d’un combattant inconnu venant de chacun des cimetières établis de façon permanente dans le théâtre d’opération de l’Atlantique, durant la seconde guerre mondiale.

Pendant la cérémonie qui suivit, un soldat Inconnu fut choisi par le général commandant la zone de communication de l’armée de terre américaine en Europe (U.S Army Communication Zone Europe), qui déposa une gerbe sur son cercueil. Ainsi choisi, le cercueil du soldat Inconnu fut ensuite transporté par avion à Naples, puis chargé à bord du destroyer USS Blandy. Il rejoignit dans l’Atlantique un navire, à bord duquel les dépouilles mortelles de deux autres Inconnus, provenant des théâtres d’opérations du Pacifique et de Corée, avaient également été déposées. Une nouvelle cérémonie devait se dérouler pour choisir l’Inconnu qui représenterait à la fois les théâtres d’opérations de l’Atlantique et du Pacifique lors de la seconde guerre mondiale.

L’escadre mit le cap sur Washington D.C, où le jour du Memorial Day 1958, les soldats Inconnus de la seconde guerre mondiale et de la Corée rejoignirent au cimetière d’Arlington le Soldat Inconnu de la première guerre mondiale.

Site American Battles Monuments Commission

Source : Documentation du cimetière américain d’Epinal – Le Quéquement.

Le cimetière américain de Romagne-sous-Montfaucon (55)

Carte de Romagne sous MontfauconCarte de RomagneEntrée du cimetière de RomagneLe cimetière de RomagneVue du cimetière de RomagneLa chapelle de Romagne

 

D’une superficie de 52 hectares,  » Meuse-Argonne American Cemetery and Memorial « , est le cimetière américain le plus important d’Europe.

Il est situé à côté du village de Romagne-sous-Montfaucon. Il comporte 14 246 tombes, dont 486 stèles de soldats inconnus.

Ce cimetière fut établi par le service de sépultures de l’armée américaine le 14 octobre 1918, sur un terrain repris à l’ennemi par les 5e et 32e divisions d’infanterie américaines. L’aménagement définitif, terminé en 1931, est l’œuvre de deux architectes new-yorkais. L’inauguration eut lieu en 1937, lors de la commémoration du 20ème anniversaire de l’entrée des Etats-Unis dans la première guerre mondiale.

Le cimetière est traversé par une route départementale, mais le visiteur sait qu’il n’est plus dans le monde profane, dès qu’il franchit l’une des deux entrées du cimetière. Les entrées (est ou ouest) du cimetière, parfaitement symétriques, et tellement imposantes rendent toute porte parfaitement inutiles. Lorsque l’on s’arrête devant le bassin central, coloré de nénuphars, on est frappé par la solennité et l’extrême symétrie des constructions, mais le parc arboré lui confère une douceur et une poésie inattendues et lui ôte toute rigidité.

Ce lieu de verdure, de paix et de recueillement comprend deux espaces consacrés au souvenir :

Du bassin central, part un long escalier qui conduit à la porte de bronze de la chapelle, au milieu de laquelle se trouve un autel d’une grande sobriété. Derrière, dans l’abside, rangés en arc de cercle, les drapeaux des Etats-Unis et des pays alliés.
De chaque côté de cette chapelle, deux galeries de cloître, d’inspiration romane, sur les murs desquelles sont gravés les noms de 954 soldats disparus.

De part et d’autre de l’escalier, entre le bassin central et la chapelle, huit carrés de gazon sur lesquels se répartissent, en quinconce parfait, les 14 246 tombes.

La plupart des militaires reposant dans ce cimetière, sont tombés pendant l’offensive Meuse-Argonne qui eut lieu entre le 26 septembre et le 11 novembre 1918. Mais en 1922, on rapatria les corps enterrés dans les cimetières provisoires de la région, des Vosges et de l’Allemagne occupée, ainsi que des soldats tués à Archangel en Russie.

Tous reposent maintenant, dans une paix et une sérénité parfaite.

D’après un article paru dans la revue « Connaissance de la Meuse »
Source photos : American Battle Monument Commission

La nécropole et l’ossuaire de Douaumont (55)

Cartede l'ossuaire de DouaumontLa Victoire et le poiluLes tombes de Douaumont en 1932L' intérieur du mémorialOssuaire de DouaumontLe cimetière aujourd'hui

 

La bataille de Verdun : 21 février 1916 – décembre 1916. 300 jours et 300 nuits de combats acharnés, effroyables.
26 millions d’obus tirés par les artilleries, soit 6 obus au m2. Des milliers de corps déchiquetés, des milliers de disparus.

« C’est ici le cimetière de la France » – Albert Lebrun
lors de l’inauguration officielle de l’Ossuaire
le dimanche 7 août 1932.

Un gigantesque monument  qui recueille les restes mortels d’environ 130 000 combattants français et allemands inconnus et une nécropole où reposent 16136 soldats.

D’après un article paru le 30 juillet 1932, dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

Parmi les monuments érigés en souvenir de la guerre mondiale, le plus important et le plus remarquable par ses proportions, est sans contredit, l’Ossuaire de Douaumont élevé à la mémoire des 400 000 soldats tombés glorieusement en défendant Verdun.
Long de 137 mètres, en forme de voûte gigantesque, dégagé de toute allégorie encombrante et inutile, le monument s’impose par le calme et la noblesse de ses lignes. L’ensemble présente ce caractère de simplicité, de force, de foi inébranlable que gardèrent jusqu’à la victoire les défenseurs de la citadelle.

Dans l’axe, au dessus du porche servant d’entrée principale, une tour se dresse la Tour des Morts.
Haute de 46 mètres, de proportions robustes, elle rayonne la nuit grâce à un phare puissant, portant jusqu’à l’horizon, le souvenir des événements douloureux qui se déroulèrent en ces régions tragiques. Le sommet de la Tour, auquel on accède par 203 marches, a été prévu pour recevoir, indépendamment  du phare, une cloche en bronze manœuvrée électriquement, offerte par une généreuse Américaine.

L’Ossuaire proprement dit, où les mères ont l’espoir de pouvoir prier sur une parcelle des leurs, comporte une suite de dix-huit travées divisées en deux parties par le porche principal. Dans chaque alvéole, des fosses sont ménagées pour recevoir les ossements des militaires non identifiés. Les fosses sont surmontées de sarcophages d’un seul bloc, en granit rouge de Perros-Guirec, au total quarante-six sarcophages correspondant aux secteurs de l’immense champ de bataille.

Le sol de l’Ossuaire est revêtu d’un beau dallage en mosaïque dont les vastes compositions interprètent les ordres militaires nationaux. La croix de la Légion d’Honneur a sa place dans l’axe longitudinal de l’Ossuaire. La médaille militaire, symétriquement répétée sous la voûte des porches secondaires d’extrémité, est reliée à la Légion d’Honneur par une suite ininterrompue de croix de guerre, coïncidant avec les alvéoles.
La chapelle catholique, perpendiculaire à l’Ossuaire, s’étend sur une longueur de 23,5 mètres et sur une largeur de 14 mètres.

Le monument est dégagé par une vaste esplanade protégée par douze bornes reliées entre elles par des chaînes. Ces bornes contiennent des projecteurs destinés à l’embrasement de nuit du monument, qui, seul point lumineux du champ de bataille, en surgit comme une apparition.

Parallèlement à l’Ossuaire, sur les pentes sud-est, un cimetière immense a été créé, pour recevoir les restes des militaires identifiés, retrouvés dans la région de Verdun. Ce cimetière, divisé en deux parties par une grande allée située dans l’axe de la Tour des Morts, s’ouvre sur la route de Fleury à Bras.

Le grandiose monument a été construit grâce à des souscriptions venues de toutes les provinces de France, des colonies et des nations amies.

D’après un article paru le 13 août 1932 dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

A l’occasion de l’inauguration de l’Ossuaire de Douaumont, la France, en la personne de son chef d’état, des membres du gouvernement, des chefs militaires, des anciens combattants et des jeunes, a fêté solennellement les morts de Verdun. Pendant deux jours, des cérémonies empreintes de tristesse, se déroulèrent, tant sur sur le champ des morts que dans la cité héroïque.

Le samedi, des services religieux étaient célébrés dans les édifices appartenant aux différents cultes. Le soir, en gare de Verdun, furent reçus les vingt drapeaux régimentaires qui représenteront, à la cérémonie, les vingt corps d’armée. Plus de 2 000 personnes participèrent à la veillée funèbre qui se déroula à la chapelle de l’Ossuaire de Douaumont. Des projecteurs ont éclairé la nécropole, dont la masse majestueuse ainsi illuminée, a veillé sur la plaine sanglante.

Dimanche matin, monsieur Albert Lebrun se rendit à l’hôtel de ville et reçut des mains du maire de Verdun, la médaille de bronze des soldats de Verdun. Après le déjeuner, le président de la république, se rendit à l’Ossuaire, où, à 14 heures, commença l’inoubliable cérémonie, à laquelle participait une foule innombrable composée d’anciens combattants, de boy-scouts, etc… Nos alliés d’hier étaient représentés par des attachés militaires.

Cent mille personnes, écrit un journaliste !

Parlant dans un silence impressionnant, monsieur Albert Lebrun évoqua la mémoire des 400 000 hommes qui tombèrent sur cette terre sacrée. D’une voix que l’émotion faisait parfois trembler, le président de la République, que tant de souvenirs familiaux rattachent à ce pays, parla de ceux qui se sacrifièrent ici pour la plus juste des causes, pour la défense de leurs foyers, pour assurer à leurs descendants un meilleur avenir. Il salua ceux qui ont eu la pieuse idée de ce monument, qui porte à son fronton le mot symbolique « Pax » : Paix des morts. Mais on peut espérer que ceux qui dorment ici sont morts aussi pour la paix des vivants.

« C’est ici le cimetière de la France » dit monsieur Albert Lebrun « et c’était bien l’emplacement qui convenait le mieux pour y élever ce monument du Souvenir ».

Le président de la République continua :
« Des années et des années passeront avant que la nature ait repris son sourire d’antan. Le retrouvera-t-elle même jamais, avec ces alignements de croix blanches ou noires que la piété des hommes s’efforcera de garder et de perpétuer, au milieu de ces croupes arrondies de Douaumont, de Froideterre et du Morthomme d’où il semble que toute vie a disparu, sur ce sol, où s’élevaient naguère, heureux et prospères, huit villages qui ont été détruits dans la bataille et qui ne sont plus représentés sur le sol de France que par de modestes pierres commémoratives.
Au reste, il est bon que des témoins demeurent, des grandes folies humaines comme celle que fut la guerre de 1914-1918. Ils sont là pour défendre les peuples contre l’oubli, les amener à réfléchir et les détourner de ces cataclysmes qui ne laissent, derrière eux que ruines, misères et souffrances.
Qui donc vient, d’un point quelconque du vaste monde, vainqueur ou vaincu d’hier, en face de cette immense nécropole et de cet ossuaire qui abrite le souvenir de 400 000 disparus, ou bien encore devant tel autre monument symbolique du front, tel celui que j’inaugurais, il y a quelques jours à Thiepval avec son Altesse Royale le Prince de Galles, à la mémoire des 75 000 officiers et soldats britanniques tombés dans la bataille de la Somme et demeurés sans sépulture, qui donc, devant de tels spectacles, ne sentirait grandir en lui toute l’horreur que doit inspirer la guerre ! ».

Aussitôt après, les troupes du 6e corps défilèrent devant le président de la République, ainsi que les anciens combattants, dont le cortège était véritablement impressionnant.

Enfin, le président de la République se rendit au fort de Douaumont où il inaugura un bas-relief destiné à commémorer la reprise du fort, le 24 octobre 1916, par le Régiment d’Infanterie Coloniale du Maroc et le 321e Régiment d’Infanterie.

Ainsi prirent fin ces deux journées qui remuèrent, en bien des coeurs, des tragiques souvenirs d’il y a seize ans…

D’après un article paru le 24 septembre 1932 dans la revue hebdomadaire « La voix du combattant », éditée par l’Union Nationale des Combattants.

L’Ossuaire contient quinze cent vingt-huit mètres cubes d’ossements d’inconnus, renfermés en deux grandes fosses de 350 mètres cubes et 46 tombeaux de granit d’une contenance de 18 mètres cubes. Ces 46 tombeaux correspondant aux différents points de résistance du front de Verdun.

L’aumônier de l’Ossuaire de Douaumont nous donne ces explications sous les voûtes glacées du monument illuminé exceptionnellement en notre honneur. Il est onze heures du soir. Un lourd silence plane. Les gorges sont oppressées.

1 500 mètres cubes d’ossements d’inconnus français ou allemands réunis pour l’éternité !
Il semble que nous succombions sous leur poids.

La nuit est d’encre. Le phare des morts, au-dessus de nous, balaie, de sa clarté crue, l’immense champ de croix de bois. Ils sont là, ceux qui combattirent les uns contre les autres, les uns défendant leur sol, les autres allant au combat pour satisfaire l’orgueil de leurs maîtres.

« D’après des documents dignes de foi », nous disait le lendemain matin le colonel Marchal, tandis que, sur l’emplacement où s’élevait jadis le village de Louvemont à jamais disparu, il nous retraçait, en un bref et saisissant raccourci, les différentes phases de la bataille, « d’après des documents dignes de foi », le total des pertes françaises à Verdun, au cours de l’année 1916, serait de 362 000 hommes, celui des pertes allemandes serait à peu près équivalent.

Ainsi, en quelques mois, en quelques jours de lutte farouche, plus de 700 000 hommes avaient trouvé la mort à Verdun. Certes, nous nous doutions bien que les pertes avaient été sévères, nous tous qui avions combattu dans ce secteur, mais nous ne les imaginions pas aussi immenses.

C’est que nous étions alors dans le feu de l’action et que, de cette terre d’épouvante, nous n’apercevions que l’étroite bande que nous étions chargés de défendre. Il fallait défendre jusqu’à ce que le pourcentage des pertes ait atteint le chiffre fixé par le commandement qui, connaissant les effectifs dont nous disposions, et n’envisageant que le but à atteindre, ne tenait compte ou ne pouvait tenir compte, ni de la fatigue, de la faim, du froid, de la soif, ni de l’ébranlement des nerfs et des âmes lorsque, sous l’effroyable bombardement, retombaient, jusqu’à dix fois par jour, sur nos têtes, les corps de ceux qui avaient été nos frères d’armes et à qui nous ne pouvions donner d’autre sépulture que le trou d’obus le plus proche.

Quinze cents mètres cubes d’ossements et, à l’infini, des milliers et des milliers de croix blanches ou noires et une terre inculte labourée, retournée, cent fois, mille fois, par les obus qui réduisaient en lambeaux informes les corps, de ceux tombés à nos côtés. Elle en garde l’empreinte en ses blessures profondes.

Silence ! En lettres énormes, ce rappel à la convenance frappe lorsqu’on pénètre dans l’Ossuaire.

Still ! Ça c’est pour les Allemands. Car ils sont nombreux à venir ici, les survivants des attaques insensées, à venir retrouver le coin où ils se sont battus, le cheminement par lequel, blessés, ils gagnaient le poste de secours ou bien valides, l’arrière-front, pour y refaire leurs forces, en attendant de nouveaux assauts, par quoi ils espéraient gagner la guerre.

Oui, ils viennent ici les humbles, et aussi les femmes et les enfants des morts. C’est qu’ici, tout est enseignement pour qui sait voir, ce qu’il en coûte de conquérir, comme de défendre, quelques mètres carrés de territoire.

Là aussi, s’inscrit sur la pierre, le souvenir ému que les survivants gardent à leurs morts. Chaque amicale régimentaire – et à peu près tous les régiments de France ont « donné » à Verdun – a voulu avoir « sa » pierre, comme chaque association de combattants. Combien de mamans, faute de pouvoir – et pour cause – aller s’agenouiller au pied d’une croix de bois où s’inscrirait le nom du cher disparu, se sont imposé de lourds sacrifices, afin que, du moins dans cet immense sanctuaire de la mort, une pierre rappelle à la postérité qu’il fut, lui aussi, un de ces innombrables dont le sacrifice nous valut la victoire.

Ah, non certes, il n’était pas pour nous, ce conseil qui s’inscrivait en lettres imposantes sur une pancarte à l’entrée du sanctuaire. Le silence s’imposait à nous. Dans l’intimité de nos cœurs, doucement, affectueusement, nous conversions avec les morts.

L’entretien se prolongea très tard, bien longtemps après que, le seuil franchi, la nuit nous eût happés et que, modestes pèlerins du souvenir, nous retournions chez les vivants.