Tout sur la toux.

Définitions extraites du Zygomaticodico :

 

- Un joueur de cartes : individu qui recherche toujours la toux.
- Un malade : personne qui consulte son médecin pour toux.
- Un bon conseil : Il faut savoir que la maladie passe par toux.
- La pneumopathie : maladie qui atteint les poumons sur toux.
- Un refroidissement : c’est ce que l’on attrape avant toux.
- Le repos : c’est ce qu’il faut au malade après toux.
- Un toussotard : c’est un petit être qui tousse à toux.
- Le risque : tous les ans, en hiver, c’est toux ou rien.
- Le sirop antitussif : c’est l’ennemi de ma toux.
- Le sirop antitusif : c’est l’ami brise-toux.
- Un courant d’air froid : un risque-toux.
- Le rhume : c’est la désagréable chanson du vent-toux.
- Une quinte de toux : accélération prolongée du va-toux.
- Un bilan : C’est lorsque la facture est légère, toux compris.
- Une faible toux : c’est quand on tousse sottement.
- Un grand tousseur : c’est un gars bon en toux.
- Un gros rhume : c’est une toux, toux plein pénible.
- Un poumon : c’est un sacré coin fourre-toux.
- Question : est il bon à rien ou bon à toux.
- Un rhume à répétition : c’est lorsqu’on a plusieurs toux de suite.
- Un solide malade : c’est un gars toux puissant.
- Un tousseur non contagieux : un malade les jours de toux sains.
- Etre sans gêne : avoir du toux-pet.
- Tousser en chantant : c’est toux-chant.
- Quinte dans très peu de temps : c’est pour toux à l’heure.
- Sans limites : à toux va .
- Système d’évacuation : les toux à l’égout.
- Chien d’un bègue : toux-toux.
- Rhume avant traitement : toux venant.
- Un jeu apprécié par les enfants : la toux-pie.
- Signal qui appelle le médecin : le toux-bip.
- Ville des Deux-Sèvres où tousser est une technique : toux-art.
- Rhume et éructation dans une ville de l’Oise : toux-rote.
- Le rhume royal : la toux-reine.
- Rhume chez une personne généreuse : à toux-coeur.
- Rhume d’honneur chez les anglais : un toux-sir.
- Spécialiste qui vous soigne : le toux-bib.
- Rhume léger sans bruit : toux-doux.

 Francis Ghinolfi


Archive pour juillet, 2009

Anecdotes de la première guerre mondiale (4)

L'histoire du cochon

 

L’histoire du cochon

Aux abords d’un champ de bataille, entre les belliggérants, une ferme continue sa vie coutumière et paisible. Tellement, qu’on vient d’y tuer un cochon, dûment engraissé. Les cris de la bête égorgée s’entendent de loin.

Deux soldats français, deux Bordelais, que cette musique a réjouis, supputent la bonne chère possible. Et, subordonnant toute prudence à leur curiosité et à leur appétit, qu’a stimulé l’air vif de la bataille, ils s’en vont, en rampant, vers la ferme proche où ils arrivent bientôt.
Cependant, de leur côté, rampant avec des ruses pareilles, deux Allemands, alléchés eux aussi pour le même motif que les Français, y parviennent en même temps. 
On juge des figures des quatre soldats lorsqu’ils se trouvèrent en présence.

Alors, un des Bordelais, qui était sous-oflîcier, de dire en souriant : «Vous n’êtes que deux, les « Boches », rendez-vous ! ».
Et les Allemands de répondra avec joie : « Ya ! Ya ! Kamarade ! ».
Car il est entendu qu’à forces égales, le soldat français est supérieur au soldat allemand. Ça ne se discute même plus sur les champs de bataille.

Donc, les deux Bordelais et leurs deux prisonniers s’attablent, et le fermier, empressé, leur sert les tranches savoureuses et blanches du porc tant convoité. Les convives arrosent le tout d’un joyeux petit vin du pays et se restaurent gaiement.

Mais quelqu’un troubla la fête !… La porte s’ouvre soudain, et un sous-officier, accompagné d’un soldat, pénètre dans la salle. Tous deux sont Allemands.
En un clin d’oeil, tout le monde est debout. Notre sous-officier connaît admirablement l’allemand ; on s’explique.

Le sergent allemand : « Rendez-vous ! Je vous fais prisonniers ! Nous sommes ici quatre Allemands et vous n’êtes que deux Français… ».
Le sous-officier français, gracieusement : « Pardon ! C’est nous qui vous faisons prisonniers. Vous êtes deux Allemands et nous sommes deux Français. Ceux-là, ajouta-t-il en désignant ses deux convives, sont nos prisonniers déjà : ils ne comptent plus ».

Le sergent allemand réfléchit un instant. Puis la clarté de ce raisonnement péremptoire lui apparut éblouissante et il déposa ses armes entre les mains de nos braves troupiers. Ceux-ci, fort aimablement, les firent asseoir devant les tranches fumantes du bon cochon, pour lequel d’ailleurs ils étaient venus, et le repas s’acheva le mieux du monde.

Puis nos deux amis rentrèrent à leur campement, ramenant leurs quatre prisonniers, la conscience et l’estomac satisfaits. On devine si leur retour fut chaudement accueilli.

La fontaine de la Duchesse – La Bresse (88)

Carte fontaine de la duchesseLa fontaine de la duchesse 

C’est à cet endroit que naît la rivière la Moselotte près du sommet du Hohneck à 1270 m d’altitude.

Cette fontaine est située dans le flanc sud-ouest du Hohneck. On s’y rend du lac de Blanchemer par un sentier tracé dans les replis du terrain.

La source est très abondante et ne tarit jamais. On dit même que son débit augmente pendant l’été, ce qui s’explique d’ailleurs par la fonte tardive des neiges. Les eaux de cette source donnent naissance à un petit torrent qui se jette dans la rivière Moselotte.

La source a été visitée vers 1551, par Catherine de Danemark, veuve de François 1er, duc de Lorraine. Elle était accompagnée par son beau-frère Nicolas, comte de Vaudémont, avec lequelle elle partageait les devoirs et les prérogatives de la régence.

La source a pris, à ce moment, le nom de fontaine de Son Altesse (désignée sur une carte perspective dressée dans la seconde moitié du XVIe siècle par Thierry Alix, président des Comptes).

Elle doit son nom actuel à une visite de Marguerite de Gonzague, seconde épouse du duc René II, qui s’y désaltéra en 1622. La commune de La Bresse perpétue le souvenir de ce dernier fait, par une inscription sur une plaque placée au pied de la source.

Description tirée de la société d’émulation des Vosges – Parution en 1907

Anecdotes de la première guerre mondiale (3)

Le père et le fils

Le père et le fils

 

C’était après l’affaire des Islettes ; par la route qui longe la Biesme, une colonne allait vers Thiaucourt. Il avait plu longtemps : puis le soleil avait percé les nuages, illuminant un délicieux paysage de combes et de sous-bois.

Après avoir parcouru une dizaine de kilomètres, la troupe entra en pleine forêt, une magnifique forêt de sapins, de hêtres et quelques énormes châtaigniers. Arrivés à un endroit, où près d’une fontaine s’élève une petite chapelle, le lieutenant qui commandait le détachement fit déployer ses hommes en tirailleurs par prudence.

Un petit groupe se forma sous la direction de l’adjudant « Charles », un Lorrain, qui se rappelait vaguement avoir, durant sa première jeunesse, vécu quelques années dans le pays. Il l’avait quitté pour courir le monde et s’engager, à dix-huit ans, dans les marsouins.

La troupe avançait avec précaution quand, tout à coup, trois, quatre détonations retentissent ; des balles sifflent, des feuilles tombent. A cent cinquante mètres à droite se voyait une clairière ; c’est dans ces parages que devaient se trouver les Allemands.

Toutes les fractions de la section ont entendu les coups de feu ; la colonne se groupe et court vers la clairière. En arrivant, les hommes aperçoivent une demi-douzaine de soldats ennemis qui se sauvent à toutes jambes sous bois.
Étaient-ce des traînards ou des égarés ? Toujours est-il qu’en apercevant des uniformes français en nombre, ils s’étaient empressés de déguerpir.

La clairière était assez vaste. Il y avait une grande cabane de bûcherons, et, dans un coin, près de la cabane, un feu qui achevait de brûler… Ils avaient dérangé sans doute quelque popote : il y avait des gamelles à terre…

Soudain, comme un peloton de soldats se dirigeait vers la maisonnette pour la fouiller, les hommes virent, de derrière le tronc d’un gros hêtre où il se cachait, surgir un vieillard, grand, sec, avec une belle tête blanche. A la vue des soldats il se montra effrayé et fit mine de vouloir s’enfuir…

Le lieutenant fit un signe à quelques-uns de ses hommes et trois d’entre eux s’emparèrent du bonhomme et le lui amenèrent. Il ne fit aucune résistance.
« Ah ! Vous êtes des Français ! Pardonnez-moi, mais les autres viennent à peine de partir d’ici, et ils ont été si durs envers moi que je tremble encore. »
Il tremblait, c’est vrai, mais les soldats avaient déjà rencontré pas mal d’espions dans le pays, lesquels se montraient de parfaits comédiens.

Le lieutenant l’interroge : « C’est ta maison ?
- Oui. - Tu es seul ?
- Oui, vous pouvez voir vous-même.
- Comment t’appelles-tu ?
- Paul V… » 

A ce nom, l’adjudant sursaute ; c’est son nom que le vieux vient de prononcer.
« Tu vis dans le pays depuis longtemps ?
- Oui… je suis bûcheron de mon métier et j’ai toujours habité par ici.
-
Tu as une femme, des enfants ?
- Ma femme est morte, il y a plus de vingt ans ; j’avais un garçon, Charles, il est parti je ne sais où… »

L’adjudant a bondi et s’écrie : « Papa ! »
Il s’élance. Le vieux recule un peu, et regarde… Tous les hommes regardent aussi, étonnés. 

Puis le vieux dit doucement : « C’est vrai, c’est toi ! »

Un gros sanglot secoue ses épaules et son fils est obligé de le retenir pour l’empêcher de tomber. Ils s’embrassent, ils pleurent comme des enfants et tous les assistants sentent l’émotion les gagner.

On s’empresse autour du vieillard. Il raconte que les « Boches » étaient sept ou huit, qu’ils s’étaient perdus et qu’ils l’ont maltraité pour lui demander le chemin de Thiaucourt. Ils l’auraient fusillé s’ils n’avaient craint que les détonations attirent les Français.

Il entre dans sa cabane et en sort bientôt avec cinq ou six gobelets d’étain et deux bouteilles d’excellent vin du pays. Vingt fois il tape sur l’épaule de son fils, puis l’embrasse encore en répétant : « Mon petit, mon petit ! ».

La joie de ce vieux, tout blanc, avec ses yeux qui pleurent et qui rient en même temps, faisait plaisir à voir aux hommes. Mais il fallut songer au départ et ce fut la séparation entre les deux hommes.

Le père et le fils s’étreignirent une dernière fois. « Au revoir, au revoir, mon petit, mes enfants ! ».
Et quand l’adjudant, qui avait l’air d’un enfant, à présent, dit : « Au revoir, papa ! », tous les hommes, comme un écho, crièrent : « Au revoir, papa, au revoir ! ». 

Anecdotes de la première guerre mondiale (2)

Aveugle

 

L’aveugle et le paralytique

Le héros de cette histoire est un soldat de vingt ans, Henri Suquet.

Il s’était engagé avant la guerre. Dès l’ouverture des hostilités, il fut envoyé avec son régiment sur la ligne de feu. Dans une rencontre acharnée avec l’ennemi, une balle lui coupa le nerf optique et le rendit aveugle.
Il fut laissé pour mort sur le champ de bataille.
Après un temps qui dut être très long, le silence se fît, un silence de mort, c’est le cas de le dire, sur cet immense charnier. Les deux armées s’étaient retirées, la nuit était venue. Alors le jeune soldat, ayant repris un peu ses sens, sentit renaître en lui l’instinct de la conservation.

Je vais marcher, pensa-t-il, jusqu’à ce que j’aie retrouvé quelqu’un de vivant. Il y aura bien un pauvre soldat comme moi qui respirera encore dans ce cimetière.

Henri se relève comme il peut et il essaie de se frayer un chemin, au hasard, ou plutôt à la garde de Dieu, avec l’espoir qu’il finira bien par tomber sur quelque ambulance.
Il faisait doublement nuit pour lui. Ses yeux, hélas étaient clos, et du ciel ne tombait, sur ce champ de mort, que l’obscure clarté des étoiles. 
Après avoir ainsi marché longtemps, il heurte du pied un corps humain duquel s’exhale un faible gémissement, et alors s’établit, entre ces deux êtres à peine vivants parmi tant de cadavres, ce lugubre et poignant dialogue.

« Tu n’es donc pas mort, toi, puisque tu te plains ?
- Non ! Ni toi, puisque tu marches.
- Je marche, mais je n’y vois plus pour me guider : je suis aveugle…
- Moi, je vois, mais je ne peux plus marcher : j’ai mes deux jambes rompues.
- A nous deux, nous pourrons nous sauver. Je vais te prendre sur mon dos ; je marcherai pour toi, tu y verras pour moi »

Ainsi dit, ainsi fait. Henri prend son camarade sur le dos et lui prête ses jambes ; l’autre lui sert de guide, et ils s’en vont ainsi, l’aveugle et le paralytique, poursuivant, à travers les interminables sillons semés de cadavres et arrosés du noble sang de France, leur funèbre pèlerinage. Enfin, ils aperçoivent une ambulance et le hasard voulut que ce fût une ambulance française. Ils arrivent. Les deux héros racontent leur tragique odyssée et reçoivent aussitôt les premiers soins que nécessitent leur état et leurs blessures.

Vous croyez peut-être que l’histoire est finie ? Eh bien, pas du tout ! Elle se poursuit encore, et elle sera sublime jusqu’au bout.

Le père d’Henri finit après bien des démarches par retrouver son fils et obtint de le ramener à la maison paternelle. Mais le noble coeur de héros qui bat dans une poitrine de vingt ans ne voulut pas se séparer de son compagnon et demanda à son père de le garder avec lui. On devine avec quel empressement le père acquiesça à cette demande.

Vraiment la guerre, qui est la plus abominable des calamités, est une vaillante semeuse d’énergie et d’héroïsme.

Et voici le dénouement de l’histoire.
L’héroïque jeune homme était sur le point d’être fiancé quand la guerre éclata. Il est revenu aveugle du champ de bataille, mais la courageuse jeune fille, avec laquelle il avait échangé des promesses, n’a pas eu un instant d’hésitation ; au contraire, sa tâche d’épouse lui a paru plus belle : elle a tendu sa main au pauvre infirme.
Les fiançailles sont aujourd’hui officielles.

Extrait du livre “Simples histoires de la guerre de 1914-15″ par Maurice Thiéry

Anecdotes de la première guerre mondiale (1)

Lapins

 

 Le coup du lapin

 

Si vous croyez qu’on s’ennuie dans les tranchées…

L’anecdote suivante, que rapporte un blessé revenu d’Argonne, montrera que, malgré le froid, la boue et les « marmites boches », nos troupiers n’ont pas perdu leur belle humeur.

C’est dans une tranchée du bois d’Apremont, où, depuis des semaines et des mois, nous repoussons pied à pied l’ennemi.

Un soir, vers la chute du jour, les nôtres aperçoivent, un peu en avant de la tranchée « boche », située à quatre- vingts mètres à peine de nos lignes, une silhouette qui semble ramper avec précaution.
Pas de doute, c’est un des « Boches » d’en face… Mais qu’est-ce qu’il peut bien manigancer ?… On a bien envie de tirer. Il est là, en plein dans les lignes de mire… Une pression sur la gâchette et on l’a « comme dans un fauteuil ». Mais auparavant on veut se rendre compte. Puis, qu’est-ce qu’il peut bien manigancer encore contre nous, ce « sauvage-là » ?…

Le soldat allemand continue sa marche rampante, s’arrête quelques instants tous les quinze ou vingt mètres, puis repart, se livrant à on ne sait quelle besogne étrange et mystérieuse… Tant pis, on va en finir et l’envoyer ad patres. Mais brusquement, l’Allemand disparaît dans une excavation, au bord de sa tranchée. C’est en vain qu’on attend sa réapparition.

« Ah çà ! C’est trop fort, s’écrie un de nos poilus. Leur bon Dieu allemand me damne si je n’en ai pas le coeur net ! »
Et le voilà parti à son tour en rampant dans la direction de la tranchée ennemie.

Une heure d’attente anxieuse se passe. Notre Poilu ne reparaît pas. Pleins d’inquiétude, ses camarades se demandent ce qui a bien pu lui arriver. Déjà, on parle d’aller à sa recherche, la baïonnette au clair. Mais voici qu’une ombre se montre au bord de notre tranchée… C’est notre poilu qui revient. Un large rire éclaire sa face.
« Ah ! Mes enfants… Si vous saviez… » Des hoquets de joie le secouent.
« Non, jamais vous ne devineriez ce que faisait ce maudit « Boche »… »

Et après un temps, ménageant ses effets, il ajoute :
« Eh bien ! Que leur bon Dieu allemand me damne encore si avant vingt-quatre heures nous ne mangeons pas à leur santé une de ces gibelottes qui fera époque dans votre existence… »

Après une nouvelle pause :
« Oui, les gars, des collets… Le « Boche » tendait tout simplement des collets à lapins… des lapins qui, je l’espère bien, seront demain dans notre marmite. »

Le lendemain matin, une heure avant l’aube, notre loustic, dans une marche rampante à faire pâlir de jalousie le plus adroit des Peaux-Rouges de la prairie, quittait de nouveau la tranchée.

Vingt minutes, cette fois, ne s’étaient pas écoulées qu’il était de retour. Au bout de ses bras tendus, quatre superbes lapins de garenne gigotaient dans un dernier spasme d’agonie.
« Je vous l’avais bien dit, les gars, qu’on les aurait, les lapins du « Boche »… Et maintenant, à l’ouvrage… On n’a pas fini de s’amuser… »

En deux temps et trois mouvements, les lapins sont dépouillés de leur peau, congrûment dépecés, et les morceaux, incontinent mis à la marmite. Cependant, le chasseur, toujours avec le sourire, se livre à une singulière besogne, que les autres, qui ont compris, suivent non sans un prodigieux intérêt. Les peaux des lapins, soigneusement bourrées de paille, ont repris maintenant leur aspect d’honnête animal. Et pour la troisième fois, emportant les dépouilles empaillées, l’homme repart à plat ventre, dissimulé entre les mottes de terre, vers la tranchée « boche ».

En moins d’une demi-heure, les peaux ainsi préparées ont repris leur place dans les collets de l’Allemand et le Poilu a rejoint les nôtres. On devine le reste.

Comme le jour allait se lever, on perçut des cris rauques de fureur dans la tranchée d’en face, suivis bientôt d’une fusillade nourrie à l’adresse de la nôtre, que, déjà, emplissait une agréable odeur de gibelotte.
Le soir, le « Boche » ne revint pas rendre visite à ses collets.

Extrait du livre « Simples histoires de la guerre de 1914-15″ par Maurice Thiéry

Les nouveaux cris d’animaux

 

 

Le loup barre, le loup foque ; le veau calise, le veau pachère.coq.gif
L’éléphant tasme, l’éléphant tastique ; le requin quagénère, le requin conce.
Le phoque sacesse, le phoque savienne ; le choucas lomnie, le choucas melote.
La taupe modèle, la taupe pinambourre ; le cerf énade, le cerf viette.
Le coq caïne, le coq cinelle ; la vache membonne, la vache rit.

Le cheval dingue, le cheval touvoudire ; le serpent tère, le serpent touffle.
La souris sière, la souris gole ; le rat chitique, le rat gougnasse.
Le jars dinière, le jars retelle ; le bœuf carotte, le bœuf ensauce.
La jument teuse, la jument songe ; le hibou chonne, le hibou quine.
Le milan padère, le milan colique ; le vautour nicote, le vautour terelle.

La cane eubière, la cane ibale ; le chameau bilète, le chameau difie.
Le mulot terie, le mulot catère ; le pélican briole, le pélican coillotte.tortue.gif
Le porc tugaise, le porc nografie ; le porcin plifie, le porcin quiète.
Le marcassin kantène, le marcassin quiète ; l’âne icroche, l’âne omalie.
Le dromadaire hière, le dromadaire rouille ; la pie pistrelle, la pie naille.

Le chamois zine, le chamois sonne ; le lapin bèche, le lapin prenelle.
Le renard cotique, le renard quoise ; le dindon quichotte, le dindon zelle.
Le fennec cropole, le fennec tarine ; le lama gouille,le lama caque.
Le loir échère, le loir atlantique ; le serpent dulette, le serpent plemousse.
La tortue bulère, la tortue multueuse ; le castor gnole, le castor ticolit.

Le casoar naque, le casoar chitecte ; le narval dingue, le narval oche.
Le mulet gatère, le mulet gitime ; la morue béole, la morue brique.
Le mérou geole, le mérou pille ; le marabout chonne, le marabout clette.
Le pivert micelle, le pivert onique ; le poney cessère, le poney gocie.
Le python deuze, le python sure ; le requin caillerie, le requin zaine.

Le homard melade, le homard garine ; la pie chenette, la pie rouette.
La raie compense, la raie ptile ; la raie glisse, la raie ussite.
Le rhinocéros signole, le rhinocéros coffe ; la pie voine, la pie écette.
Le tapir ouette, le tapir ate ; le tatou ristique, le tatou sotte.
Le teckel quechose, le teckel conque ; le tigre nadine, le tigre nouille.

Le varan seigne, le varan gaine ; le zébu cheronne, le zébu rocrate.
Le bengali cencie, le bengali monade ; le butor gnole, le butor nade.
Le chameau viette, le chameau lécule, le chamois zissure, le chamois sonneuse.
Le loup piote, le loup stique ; le macareux nuque, le macareux forique.
Le lérot bustesse, le lérot manichèle ; le lézard tificielle, le lézard moderne.
Le furet trécit, le furet gularise ; l’ortolan goureuse, l’ortolan mouscaille.

Sepa Louis alias Francis Ghinolfi

La légion garibaldienne en Argonne

Carte de LachaladeLa légion garibaldienneLa mort de Bruno GaribaldiBruno GaribaldiPlaque de LachaladeLe monument Garibaldi à Lachalade

 

Garibaldi ! Pour nous les Français, ce nom évoque immanquablement celui d’une rue, d’une avenue ou d’un boulevard d’une de nos villes en hommage à Guiseppe Garibaldi qui, en 1870, mit son épée au service de la France, et, à la tête de ses fameuses « chemises rouges », délivra Dijon des Prussiens.

En Argonne, le village de Lachalade (55) s’honore d’entretenir la mémoire de deux autres Garibaldi, Bruno et Costante, ses petits-fils. Un monument aux inscriptions en italien commémore le sacrifice volontairement consenti pour notre pays, en 1914 et 1915, au cours de ce bref et héroïque épisode de la grande guerre : l’intervention garibaldienne en Argonne.

Quelques rappels historiques vont permettre de revivre ces heures glorieuses qui prennent naissance dans le climat particulièrement menaçant de ce début d’été 1914 :
28 juin : l’archiduc d’Autriche, François Ferdinand est assassiné à Sarajevo par deux Serbes de nationalité autrichienne.
28 juillet : l’Autriche (alliée à l’Allemagne et à l’Italie par la Triplice « triple alliance ») déclare la guerre à la Serbie.
3 août : l’Allemagne déclare la guerre à la France et à la Belgique. Ce même jour, l’Italie proclame sa neutralité, à la satisfaction de la France et de ses alliés, et à la déception de l’Allemagne.

Entre temps, le 30 juillet, à l’heure où notre pays se prépare à un conflit imminent, une surprenante manifestation francophile se déroule à Paris, dans une salle du café du Globe. Dix-neuf Italiens rédigent, sous leur propre signature, la note suivante qui sera publiée le lendemain dans les journaux : « Un certain nombre de citoyens italiens habitant Paris et profondément attachés à la France, ont décidé de former un corps de volontaires qui, en cas de conflit armé, se mettrait à la disposition du ministère de la guerre pour coopérer à l’action de notre armée. Dans le but de recueillir des adhésions nouvelles, les promoteurs de ce projet invitent leurs compatriotes à assister à la réunion qui aura lieu ce même jour, au café du Globe, 8 boulevard de Strasbourg ».

Notons en passant, qu’à l’initiative de la colonie italienne, de nombreux autres ressortissants de pays étrangers se joindront au mouvement, et que, dès le 3 août, plus de 8000 hommes s’offriront à la France. Le 21 août, ils seront plus de 20000 (Italiens, Russes, Tchèques, Belges, Luxembourgeois, Américains et même 800 Austro-Allemands).

Les journalistes transalpins, correspondants parisiens de leur presse nationale, envisagent aussitôt la formation d’une « légion Garibaldienne », les valeureuses « chemises rouges » de l’ancêtre Guiseppe Garibaldi. L’enthousiasme est à son comble. C’est du délire ! Le vieux général Ricciotti Garibaldi, qui avait combattu les Prusssiens au côté de son père, encourage ses six fils : Costante, Ezio et Sante, que rejoindront bientôt Guiseppe (Peppino), Ricciotti et Bruno, débarqués d’Amérique.

« Pour la France, ma seconde patrie, déclarera à son arrivée Guiseppe au rédacteur du Petit Parisien,  je combattrai à n’importe quelle condition contre les Allemands, ne fut-ce que comme caporal ! ».

Le 26 août, dès 8 heures du matin, 5000 Italiens défilent sous les acclamations des Parisiens, du boulevard Jules Ferry à l’esplanade des Invalides. La bonne organisation du cortège, déjà constitué en compagnies et sections, porte drapeaux français et italiens, permet aux services administratifs de l’hôtel des Invalides de distribuer les imprimés indispensables pour remplir sur le champ les formalités d’incorporation.
Le lendemain, 4913 engagés (sur les 5000 présentés) partent de la gare de Lyon en direction d’Avignon, où ils sont regroupés pour une période d’instruction militaire, ainsi que pour les obligations plus bassement matérielles mais indispensables : habillement, passage chez le coiffeur, distribution du paquetage de campagne, etc…

Le 5 novembre, le 4ème Régiment de Marche du 1er Etranger est officiellement constitué par une dépêche ministérielle, qui en délègue le commandement au lieutenant-colonel Guiseppe Garibaldi, avec pour adjoint le commandant Duplat de Garat.
Les trois bataillons dont il se compose (deux au dépôt de Montélimar et le troisième à celui de Nîmes), sont divisés en compagnies (4 par bataillon), chacune ayant à sa tête un capitaine assisté d’un lieutenant, l’un français, l’autre italien, sans distinction de grade et de fonction.

Le 7 novembre, le régiment est regroupé au camp de Mailly. Le 11 novembre, le colonel Guiseppe (Peppino) Garibaldi, le commandant Duplat de Garat et le vieux général Riccotti Garibaldi, appuyé sur ses béquilles, le passent une dernière fois en revue, avant son départ pour le front d’Argonne le 17 décembre.

En trois étapes, c’est l’arrivée aux Islettes (55). Le premier bataillon cantonne au Neufour (55), le deuxième à Florent-en-Argonne (51) et le troisième au Claon (55).

Le sol est couvert de neige. Le matin du 24, le capitaine Perchepain prête son cheval au lieutenant Duchier qui, accompagné de son ordonnance monté sur un mulet, est chargé d’aller s’approvisionner aux Islettes pour fêter dignement la nuit de Noël. Hélas ! La joie est de courte durée. Vers 18 heures, avant même l’arrivée du ravitaillement tant espéré, ordre est donné de se rassembler à la Maison Forestière (emplacement actuel du cimetière national de la Forestière). Adieu le réveillon ! Mais il ne sera pas perdu pour autant. Des soldats du génie, cantonnés au Claon, en seront les heureux bénéficiaires.

Le ventre vide, les Garibaldiens se dirigent vers Lachalade et montent sur le plateau. L’ordre d’attaquer étant reporté, il faut bien organiser la journée du 25 décembre. Triste Noël en perpective ! Bravant l’interdiction de faire du feu, le capitaine Ricciotti Garibaldi partage avec la troupe un « jus » préparé en cachette sous bonne garde et que les hommes, engourdis par le froid, savourent avec délectation.

Le 26 décembre, à 6 heures du matin, arrive l’ordre de départ. Les 1er et 2ème bataillons constitueront la tête d’attaque. Le 3ème restera en réserve, à l’exception du sous-lieutenant Bruno Garibaldi, qui obtiendra de son frère le lieutenant-colonel Guiseppe (Peppino) Garibaldi, l’autorisation de se joindre aux attaquants. La troupe se dirige vers le plateau de Bolante sous l’arrosage des tirs croisés des artilleries françaises et allemandes. La bataille fait rage, dans la boue épaisse qui englue dans une sombre carapace, les vivants, les blessés et les morts.
Le lieutenant Trombetta figure parmi les premiers tués, ainsi que l’adjudant-chef Borgnis et le clairon Gallo. A la tombée du jour, le combat prend fin. Triste rassemblement à la Pierre Croisée (à quelques centaines de mètres du monument de la Haute-Chevauchée). C’est l’heure du bilan : deux assauts lancés sans préparation suffisante de l’artillerie n’ont pas permis de prendre les tranchées allemandes protégées par un épais lacis de barbelés.
4 officiers et 44 hommes tués, pour la plupart empêtrés dans les réseaux, 112 blessés. Tel est le bilan du tragique baptême du feu pour les héroïques Garibaldiens qui pleurent l’un de leurs chefs les plus estimés : Bruno Garibaldi, jeune officier de 26 ans, remarquable par sa haute taille, son corps d’athlète, sa distinction, et sa parfaite connaissance de l’armée française.

Les circonstances de sa mort méritent une relation plus détaillée.
Dès le début de l’attaque, à l’aube, Bruno Garibaldi avait été blessé au bras par une balle. Après s’être fait panser sommairement, il avait repris courageusement sa place, à la tête de sa section. Entraînant ses hommes à l’assaut de la tranchée ennemie, il reçut deux balles qui le transpercèrent de part en part. Perdant son sang en abondance, ses compagnons l’adossèrent contre un arbre. Ce fut dans cette position qu’il rendit son dernier soupir en murmurant à l’un de ses compagnons, le soldat Oretti : « Embrasse mes frères pour moi ! ». Son corps resta deux jours et deux nuits dans la boue épaisse du sol détrempé par la pluie, les vaines tentatives pour le ramener le jour même n’ayant eu pour effet que d’accroître le nombre de morts (1).
Dans la nuit du 27 au 28 décembre, plusieurs Garibaldiens se portèrent volontaires pour aller le chercher. On dut creuser sommairement une tranchée, et le tout jeune caporal Salgemma (2), revendiquant l’honneur de ramener son chef, rampa lentement vers le cadavre, le chargea péniblement sur son dos, et au bout de trois quarts d’heure d’efforts surhumains, s’arrêtant à chaque pas, rejoignit ses compagnons. Ceux-ci l’attendaient, en effet, quelques dizaines de mètres plus loin, protégeant son retour sous le feu ennemi, ainsi que le raconte Henry-Jacques Hardouin, qui précise que « pendant ce suprême retour dans les lignes françaises, une balle vint encore frapper Bruno Garibaldi au cervelet ».

Le général Gouraud, commandant la 10èmedivision d’infanterie appuyée par les Garibaldiens placés sous ses ordres, rendit un éloquent hommage aux morts italiens, lors des funérailles de Bruno Garibaldi, qui fut enterré provisoirement, aux côtés de ses compagnons d’armes, au cimetière de la Forestière.

Quelques jours plus tard, accompagné de deux de ses frères, Ezio et Sante, le cercueil du héros fut transporté en gare de Sainte Ménéhould pour être ramené en Italie. Le train s’arrêta à la frontière ainsi que dans les gares des principales villes transalpines. Sur la bière, une plaque de cuivre portant cette inscription simple mais sans équivoque : « Lieutenant Bruno Garibaldi, mort à l’ennemi ».

Le 6 janvier 1915, à Rome, un interminable cortège de gens du peuple mêlés à d’imminentes personnalités venues s’incliner devant sa dépouille mortelle, défila de 8 heures du matin à 14 heures, et ce ne fut qu’à la tombée de la nuit que la procession funèbre parvint au cimetière de Campo Verano, où se trouve le tombeau de la famille Garibaldi.
Le vieux général Ricciotti Garibaldi, ne laissant rien transpirer de sa douleur, prononça, au moment où le cercueil descendait dans le caveau, ces paroles particulièrement énergiques, à l’instant même où l’on venait de lui remettre une dépêche lui annonçant la triste nouvelle de la mort de Costante : « Va Bruno, je te salue avec un orgueil de père et d’Italien, parce que tu es tombé pour le devoir. Mais tu ne resteras pas seul, ton frère va bientôt te rejoindre… L’Italie te vengera ! ».
On entendit alors d’immenses clameurs monter de la foule en colère « Vive Garibaldi ! A bas l’Autriche ! A bas l’Allemagne ! Guerre ! Guerre ! ». A Robert Vaucher, correspondant à Rome de la revue « L’illustration », qui lui présentait ses condoléances, le général répondit : « Quand Bruno est mort, j’ai dit : il en reste heureusement encore cinq. Maintenant je dis encore après la mort de Costante : il en reste encore quatre ».

Mais retournons en Argonne où, pour mieux affronter les intempéries du rude hiver 1914-1915, les Italiens s’étaient installés dans des « cagnas » qu’avec leur esprit inventif et leur solide réputation de bâtisseurs, ils avaient réussi à rendre presque confortables. Malgré le vent, la pluie, le froid glacial, le 1er janvier 1915 ne passe pas inaperçu ; vêtements chauds, victuailles à profusion, champagne, cigares… C’est presque le bonheur malgré les tirs d’artillerie qui troublent quelque peu la fête et causent quelques dégâts aux habitations de fortune que l’on doit réparer à la hâte.

Le commandant français n’est cependant pas inactif. Il prépare, à l’insu de l’ennemi, une nouvelle attaque prévue pour le 5 janvier. Le génie s’active à creuser des tunnels et à disposer des mines sous les positions allemandes des Courtes Chausses.
Le 4 janvier parviennent les ordres. Le 2ème bataillon garibaldien lancera une attaque à La Harazée pour disperser les forces de l’adversaire qui se verra contraint à y défendre ses arrières. Pendant ce temps, les 1ère et 3ème compagnies des 1er et 3ème bataillons attendront l’ordre d’attaquer, tandis que les 2ème et 4ème compagnies seront placées en soutien, un peu en retrait. Les tranchées seront occupées par les 76ème et 46ème régiments d’infanterie, cachés à la vue des Allemands.

Les Garibaldiens les traverseront sur des passages en planches. Conscients des erreurs commises le 26 décembre, lorsqu’emportés par leur fougue, ils s’étaient rués vers les tranchées ennemies avec une témérité déraisonnable qui s’était soldée par un massacre, ils préparent cette fois dans les moindres détails le plan conçu par le commandant Rollet, chef de corps de la Légion Etrangère, affecté exceptionnellement au commandement du 331ème régiment d’infanterie.

Le matin du 6 janvier, à 6 heures, après un violent tir d’artillerie en direction des positions allemandes, l’explosion de près de 3000 kilos de poudre projette des montagnes de cailloux, de ferraille et même d’hommes dans toutes les directions, jusque sur nos lignes. Les clairons sonnent la charge. Les Garibaldiens se lancent à l’assaut. La première ligne ennemie tombe tout de suite, bientôt suivie de la deuxième puis de la troisième, 600 mètres de terrain sont gagnés sur l’adversaire. Le bilan est imposant : 120 prisonniers (une compagnie entière), 3 officiers, 12 sous-officiers, plusieurs mitrailleuses et caissons ! Mais à quel prix ! 125 Garibaldiens tués ou disparus et 172 blessés.
Parmi les morts, l’adjudant-chef Costante Garibaldi, le lieutenant d’Arcourt, le commandant Latapie, le sous-lieutenant Lurgo, le lieutenant Legouais (3).

Un ultime effort sera imposé aux survivants de la légion garibaldienne, très éprouvée par les combats meurtriers des 26 décembre et 6 janvier, au ravin des Meurissons, situé entre le Four de Paris, et le plateau de Bolante. L’artillerie ennemie entre en action, bientôt suivie d’une ruée vers nos positions. Le général Gouraud lance un appel à Peppino Garibaldi. « Nous sommes prêts » répond le colonel.
Les Garibaldiens se rassemblent à la Pierre Croisée, descendent vers le ravin des Meurissons où retentit soudain l’ordre : « Baïonnette au canon, en avant ! ». Alors commence une lutte sauvage, à l’arme blanche, dans la demi-obscurité d’un matin d’hiver.

Une dernière fois, les Garibaldiens, capote déboutonnée pour mieux découvrir la chemise rouge, s’élancent à l’assaut, brûlant près de 600 cartouches par hommes. L’avance ennemie est stoppée sans gain de terrain. 15 morts, 42 disparus, 54 blessés.
Ainsi s’achève le dernier des trois combats meurtriers qui ont valu à la Légion Garibaldienne ses lettres de noblesse.

Gaston Huet figure parmi les tués, un mort pas comme les autres pourtant ! Il avait à peine 13 ans. C’était un peu la mascotte du régiment. On l’enterra au cimetière de la Forestière, à côté du lieutenant-mitrailleur Cristini (l’ancien entraîneur du célèbre boxeur Georges Carpentier). Quelques jours plus tard, les hommes valides sont envoyés au repos à la grange Lecomte (Clermont en Argonne).

Le 10 mars 1915 parvient l’ordre de dissolution du 4ème régiment de marche du 1er Etranger. Quelques Garibaldiens s’engageront en France dans la Légion Etrangère. Les autres, rentrés en Italie, seront affectés au 52ème régiment alpin italien.

Le 3 mai suivant, le gouvernement italien, sous la pression populaire, dénoncera par l’intermédiaire de Gabriele d’Anunzio, la « Triplice » et le 23 mai 1915, déclarera la guerre à l’Autriche-Hongrie, ce qui, en retour, entraînera la déclaration de guerre à l’Italie par l’Allemagne. Il ne restera plus à l’ambassadeur d’Allemagne à Rome, Von Bulow, qu’à faire ses valises, en compagnie de l’ambassadeur d’Autriche, sous les huées des foules massées autour des ambassades, désormais ennemies.

Il fut reconnu par la suite, que l’héroïque intervention des volontaires italiens en Argonne, avait représenté un facteur important dans la succession de ces événements qui contribuèrent à l’échec final de la puissance austro-allemande par la brillante victoire des Italiens sur les Austro-Hongrois, le 24 octobre 1918 à Vittorio Veneto.

A l’entrée de Lachalade, face au chevet de l’imposante église abbatiale, se dresse, au milieu d’une petite prairie, en bordure de la route, le monument orné de deux bas-reliefs en bronze aux effigies de Bruno et Costante Garibaldi. Au centre, une aile brisée traversée par un glaive surmontant l’inscription latine : « Optatum Foedus Amoris » évoque la lointaine Italie d’où sont accourus « Bruno et Costante Garibaldi qui, avec cinq cents légionnaires sont tombés sur cette terre de France » (en italien sur la pierre) et furent l’héroïque avant-garde de l’Italie de Vittorio Veneto – Association Nationale des volontaires de guerres d’Italie 21 avril 1932.
A quelques pas du monument, une plaque installée en 1968 à l’initiative du général André Rouyer, président du comité commémoratif de l’Argonne, rappelle aux visiteurs que « cette prairie fut le cimetière des Garibaldiens tombés en Argonne au cours des combats de l’hiver 1914-1915 au Four de Paris, à Bolante, aux Meurissons, aux Courtes-Chausses et à la Haute-Chevauchée. Ils furent exhumés à partir de l’année 1919. La plupart d’entre eux reposent aujourd’hui au cimetière militaire italien de Bligny (à quelques kilomètres de Reims). D’autres furent rapatriés en Italie ou rendus à leurs familles installées en France. Quelques uns sont restés à Lachalade, où ils ont été transférés au cimetière national de la Forestière.

Le village de Lachalade n’oublie pas leur sacrifice : « Afin que souvenir jamais ne meure » (Devise du comité commémoratif de l’Argonne).

(1)  H.J Hardouin raconte que pour narguer les compagnons de Bruno Garibaldi qui cherchaient en vain son cadavre, les Allemands, occupant une tranchée voisine, chantaient en italien « les chevaliers de la lune ».
(2)  Quelques jours plus tard, à l’issue du combat du 5 janvier 1915, Salgemma fera l’objet de la citation suivante : « Volontaire au 4ème régiment de marche (1erEtranger), s’est fait tué vaillamment en s’élançant à la tête d’une section restée sans chef ». Il s’agit en réalité d’une erreur. Salgemma, seulement blessé, fut fait prisonnier par les Allemands. Treize tentatives d’évasion lui valurent de sévères châtiments. Évadé par la Hollande en septembre 1917, il regagna la France où il reprit du service jusqu’à l’Armistice. Le colonel Saverio Derfner, qui a entretenu par la suite d’amicales relations avec Salgemma, précise dans ses Mémoires que « cet homme franc et sincère, fait pour le combat, engagé dans la résistance après 1940, tomba sous les balles allemandes, dans un bois de l’Isère, près de Vienne ».
(3)   Étonnant destin que celui de cet officier, né à La Haye en 1870. Fervent chrétien, il refuse en 1906 l’ordre qu’il reçoit d’écarter les catholiques massés aux portes de l’église Saint-Jacques à Angers pour empêcher l’entrée des huissiers mandatés par le gouvernement afin de procéder aux inventaires des biens du clergé. Sabre au clair, il commande énergiquement à sa section : « Garde à vous ! Présentez armes ! Demi tour à droite, droite » et la reconduit à la caserne où il présente sa démission au colonel.
Radié de l’armée, il se porte volontaire dès la déclaration de guerre le 2 août 1914, et se voit répondre : « Vous n’êtes plus officier, attendez l’appel de votre classe ! ». il s’engage alors dans la Légion où il retrouve son grade par décret du président de la république. Affecté au 4ème Régiment de Marche du 1erEtranger, il prendra le commandement de la 10èmecompagnie et sur son livret militaire sera inscrite la citation suivante à l’ordre de l’armée et de la Légion d’Honneur : « Officier modèle de bravoure et de courage. Glorieusement tué le 5 janvier 1915 au combat des Courtes-Chausses, à la tête de sa compagnie qu’il entraîna brillamment à l’assaut des tranchées allemandes ».

Article extrait de la revue « Connaissance de la Meuse ».

Promenade gastronomique à travers de La Lorraine.

 

 

 

 

 

La Lorraine 

 ‘’ En passant par la Lorraine…‘’ Avec ou sans sabot ! Que de choses on rencontre…
De belles choses, bien sûr. On est entouré de grandes ombres guerrières, de grandes ombres d’art, de grandes ombres littéraires… On fait lever d’immenses souvenirs derrière de grands monuments.
Mais on vit aussi, en Lorraine… et on y vit bien.

‘’Guenille si l’on veut,  ma guenille m’est chère’’… disait ce grand Molière.

Je ne sais si le Lorrain a pensé de même ; mais la cuisine, la bonne cuisine Lorraine se perpétue dans les familles, au long des générations, et les meilleures recettes passent de mère en fille dans des cahiers jadis soigneusement calligraphiés, reliques vénérables.
Le cordon-bleu familial, espèce disparue! J’ai souvenance d’une vieille lorraine pure-sang, messine, devenue nancéenne après 1870, qui avait usé toute sa vie au service de la même famille, et dans sa retraite connaissait la 5e génération. De son enfance dans la chère cité, elle gardait des réminiscences de patois savoureux :
‘’C’que j’eveu vu, dans mon jann temps… oh ! Si j’vos d’jeus tot c’que j’a vu…’’ Dans le fouillis des souvenirs échappés en désordre de la bouche de la vieille, deux surtout frappaient nos imaginations d’enfants, les deux vieilles histoires de Metz où son père avait été boulanger :

Tout d’abord, la fête des ‘’Trimazos’’, la fête du 1er mai de jadis, annonciatrice du printemps. Dans chaque village, trois jeunes filles vêtues de robes blanches, ornées de rubans et de fleurs de toutes couleurs, célébraient par des chants et des danses la fête du renouveau. Et le ‘’fechlin ‘’qui venait ensuite n’était pas ce qu’il y avait de moins intéressant.
Avec quelle impatience, jeunes et vieux, autour de la longue table, attendaient la venue, d’abord, du cochon de lait rituel, un gentil cochon de six semaines, jamais plus, qui paraissait tantôt entier, en sa peau rissolée et croquante à souhait ; tantôt découpé et enveloppé dans une gelée transparente et tremblotante. Dernier vestige du goût de nos ancêtres pour la parade de bêtes entières et au naturel sur leur table…
Puis, les quiches, grandes comme des roues de bicyclettes, où la ‘’meurotte’’ de crème et d’œufs, piquée de lardons fondants, s’entourait d’une croute dorée. Et la blanquette à la sauce liée ; et la matelote d’anguille ou de brochets et de truites nageant dans une sauce couleur lilas qui ne ressemble en rien à celle que l’on déguste ailleurs.
Et les poulets fricassés… Des salades aussi, beaucoup de salades, jeunes salades de printemps ou vieilles salades d’hiver, chou rouge finement haché et macéré dans le vinaigre.
On buvait de la bière, mais surtout, on arrosait le repas de ce petit vin gris de Moselle, éclos sur les flancs du mont Saint Quentin, et que l’on présentait dans de si jolies bouteilles couleur d’écailles, minces et longues, pleine de grâce dans leur forme.
Il ne fallait pas oublier que : ‘’ Qui vin ne boit après salade, est en danger d’être malade. ‘’
Tartes aux pommes croisillonnées de pâte, pets de nonnes et confitures succédaient au fromage. (Ici, une parenthèse : les confitures de Metz et de Verdun, comme aussi les fameuses mirabelles, avaient déjà leur réputation au XVII° siècle ; un mémoire de Turgot nous apprend qu’elles se transportaient déjà à cette époque dans toute la France. 
L’évêque Fortunat, vers l’an 600, au temps de Brunehaut, parlait déjà de Metz-la-Délicieuse… Etait-ce pour cause ?
Les ‘’Trimazos’’, malheureusement, ont vécu. Seuls nous sont parvenus les vieux chants… et les bonnes recettes de la vieille paysanne.

Une autre coutume  qui mérite le souvenir, c’était, lors des processions des Rogations, pendant les trois jours qui précédaient l’Ascension, la promenade du dragon de Saint Clément, le fameux ‘’Graoully ‘’, le monstre qu’on ne pouvait voir sans frémir d’horreur, et dont la cathédrale de Metz a gardé la dernière effigie après son ultime promenade. La coutume remontait, parait il au XII siècle et Rabelais, dans le 4° livre de son Pantagruel fait allusion au Graoully de Saint Clément, lequel n’intéressait pas la gastronomie si les boulangers d’alors et ensuite pendant des siècles, n’avaient pas été tenus à une obligation sacrée : sur le passage du mannequin, ils devaient tous payer d’un petit pain leur tribut au terrible dragon. A la fin de la procession, les enfants fouettaient publiquement le Graoully et j’aime croire encore que les nombreux petits pains récoltés n’étaient pas perdus pour tout le monde. N’oublions pas, avant de quitter Metz, de parler d’une spécialité lorraine moins connue,  ‘’les grenouilles à la Boulay’’ qui se réfèrent d’une amusante anecdote : au matin du 13 novembre 1861, un étrange événement s’est produit à Metz dans les rues avoisinant le marché au poisson. Une armée de verts petits batraciens s’avançait en croassant, sautillant à qui mieux mieux. Les grenouilles pénétraient dans les maisons, à mesure que les ménagères ouvraient leurs portes et provoquaient une véritable panique.
Quelques braves, pourtant, partirent en guerre… contre les batraciens, et le miracle ne tarda pas à s’expliquer : un réservoir de quelques milliers de mètres cubes, mal refermé, avait laissé fuir ses habitants. On leur fit la chasse, on les récolta, on les utilisa au mieux. Ce jour là, peut-être naquit un plat exquis… Qui sait si les escargots à la Thiaucourt durent leur renommée à un heureux hasard !

 La Lorraine est décidément fort gourmande : confitures de Bar, madeleines de Commercy, macarons et bergamotes de Nancy, etc.… On rencontre à chaque pas des friandises, mais partout, la cuisine familiale rivalise avec les spécialités. A Nancy, à la veille du Mardi gras, il n’est pas une ménagère qui renoncera à plonger ses mains dans la farine, à pétrir et repétrir la pâte des ‘’beignets secs’’ ; et les enfants, bouche bée verront s’amonceler dans les plats, au sortir de la friture, les délicieux gâteaux, légers, croquants et fondants, tous saupoudrés de sucre en poudre, que l’on ne trouve nulle part ailleurs.
Et le ‘’baba lorrain’’, parsemé de raisins, qui ressemble un peu au Kugelhof d’Alsace ? L’affriolant baba ? Sait on que sa naissance est due à Stanislas, roi de Pologne, bien aimé des Lorrains, comme ‘’les bouchées à la reine’’ sont dues à Marie Leczinska, épouse de louis XV et fille de Stanislas ? 
Peut-être, à Commercy, les fameuses madeleines remontent elles aussi à cette époque, car le roi Stanislas y séjournait souvent. A notre époque, on y use couramment, parait il de quelque 2 à 300 douzaines d’œufs par jour pour les madeleines
Que de friandises étaient réservées jadis, dans les foyers de campagne, pour le jour ‘’l’où l’on cuisait’’. On ne ‘’cuit’’ plus, car le boulanger se charge du pain ; mais les friandises sont restées.
Elles ne sont plus cuites à la flamme, mais on y incorpore toujours du beurre et saindoux, et aussi ce délicieux beurre fondu ‘’spécial à la Lorraine’’, disait vers 1600 Olivier de Serres qui s’y connaissait en la matière. Ce beurre que l’on faisait fondre à feu doux, que l’on écumait sur le feu même sans le laisser cuire, en le maintenant clair et blond comme de l’ambre… Versé dans un récipient de terre vernissée, il se gardait indéfiniment.
Donc, la mère préparait des michottes, des fiouses, des galettes. Des rouyats, pommes entières enveloppées dans de la pâte de pain que l’on nommait roulots à Metz, des rouflons que l’on servait tout chauds, déposés dans une ‘’volette’’ d’osier.

 

Revenant aux choses sérieuses, il faudrait parler de la célèbre ‘’potée ’’, la soupe locale dans laquelle choux, carottes, pommes de terre et oignons voisinent avec les poireaux autour d’un énorme morceau de lard, et qui concurrence la choucroute.
On buvait vin et bière. Nancy s’enorgueillit de plusieurs brasseries renommées, et fabrique même de magnifiques tonneaux géants. Il y a quelques lustres, une exposition régionale montrait aux visiteurs un gigantesque tonneau de luxe décoré en relief par les soins de Victor Prouvé.

Nos ancêtres offraient, parait il, à leurs convives, à la fin de leurs agapes, des épices et ‘’boutehors’’ destinés à maintenir le bien-être général.
La Lorraine qui sait offrir des mets savoureux et exquis, dans des repas plantureux et prolongés, connait aussi l’art de clore les festins par des liqueurs et alcools fort appréciés. Elle a trouvé, une des premières, le secret de transformer délicieusement l’âme du vin dans les profondeurs d’un alambic, et de produire des élixirs subtils et parfumés infiniment délectables.

 

L’eau de vin ou eau ardente avait été inventée dès le XII° siècle : Ambroise Paré, le chirurgien, ordonnait à ses blessés  du ‘’Rossolis’’. Catherine de Médicis, au XVII°, utilisait ‘’ l’eau d’or ’’ ; mais rien de tout cela n’était une consommation courante. C’est seulement au XVII° siècle que la découverte de l’eau de vie de marc de raisins va faire sensation.
Un mémoire de l’intendant de Lorraine, adressé en 1698, au duc de Bourgogne, considère que la dite invention vient de Pont à Mousson. Mais le secret de la fabrication ne va pas tarder à se répandre, à s’amplifier, à se généraliser dans les vignobles… et bientôt dans les vergers.

Si les légumes de Lorraine sont excellents, les fruits sont meilleurs encore ; nous avons parlé des confitures. Mais la délicieuse distillation est venue accroître la renommée des fruits. L’esprit des cerises, ce kirsch des Vosges, comme l’esprit des mirabelles à Metz, et l’esprit des guignes dans le ‘’guignolet ‘’, rivalise avec les meilleurs marcs.
L’âme des quetsches et l’âme des framboises parfument d’exquises liqueurs. Il n’est pas jusqu’à la vulgaire prunelle des haies qui, elle aussi, ne se rende célèbre ; cueillies après la célèbre gelée, savamment traitées, les prunelles permettent à la ménagère adroite de confectionner une excellente liqueur de famille.
On ne parlera que pour mémoire de la ‘’ brimbelle‘’, appelée ailleurs airelle ou myrtille, si commune sous les futaies, au flanc des monts vosgiens, que les enfants récoltent en grande quantité, à la bonne saison, et que la mère de famille transforme en sirop.

On répète aux Antilles, un proverbe fameux : ‘’ tini bono, tini longuent… ’’, c’est-à-dire : ‘’ le remède, n’est pas loin du mal‘’. Les eaux minérales sont proches de la gastronomie ; en marge, nous ne saurions oublier, en Lorraine : Vittel, Contrexéville et autres lieux.

A table, sans pain ou presque… à table sans viande… à table sans sucre… à table sans beurre. Tout cela peut, à la rigueur, s’arranger… en temps de restrictions, et le moral demeure ! Ce qui est plus affreux, c’est de se mettre à table sans sel. Aussi ne peut-on quitter la Lorraine sans jeter un regard reconnaissant sur une région qui, à elle seule, fournit la presque totalité du sel gemme consommé par la France. L’industrie salicole exista de tout temps en Lorraine, imprégnant les noms de maintes localités : Château-Salins, Salonne, Marsal, Salival, Rosières aux salines… Emergeaient dans les vallées de la Seille et de la Meurthe, les sources d’eau salée où, d’abord, on venait puiser le précieux produit sans s’expliquer d’où il provenait. C’est au commencement du XIX° siècle seulement que s’expliqua l’origine bien simple : les courants souterrains se saturaient en pénétrant par des fissures jusqu’aux masses profondes du sel gemme ! Des recherches et travaux montrèrent que des gisements énormes de sel gemme existaient là.
Des sauniers moyenâgeux qui retiraient péniblement quelques tonnes des sources naturelles apparues dans les fonds des vallées, seraient bien surpris s’ils se trouvaient transportés dans la cité merveilleuse et magique que représente une mine de sel gemme. De vastes galeries bien sèches, aux colonnes transparentes dans lesquelles se joue la lumière électrique… Gîte inépuisable d’où sortiront des milliards de tonnes de la précieuse matière.
Grecs et romains regardaient le sel comme une des offrandes les plus agréables des dieux… : le sel, témoignage d’affection et d’amitié, le pain et le sel de l’accueil, le sel, de finesse et de gaité, le sel, d’usage universel… 

Le sel gemme de France venant tout de Lorraine : quel symbole !

Article extrait de : La France à table, 1952. 

 

Le clairon Rolland

Carte de LacalmLacalm le 31-08-1913Guillaume Rolland en 1913Le clairon RollandLe monument du clairon Rolland à Lacalm

 

Guillaume Rolland est né le 18 septembre 1821 à Lacalm (Aveyron) et mort en septembre 1915 dans son village natal.
Le clairon Rolland est un des héros des combats de Sidi-Brahim en septembre 1845. 

C’est en 1842 qu’il intègre le 8ème bataillon de chasseurs à pied, où il est affecté à la musique du bataillon en tant que clairon. Il participe ainsi aux campagnes africaines du général Bugeaud.

Son heure de gloire sonna lors des fameux combats de Sidi-Brahim. Prisonnier des troupes d’Abd-El-Kader, c’est lui qui, blessé, la cuisse traversée par une balle et le pied fendu par un coup de yatagan, sonna la charge à la place de sonner la retraite comme le lui avait ordonné l’émir.

Pour son comportement exemplaire, il a été fait chevalier de la Légion d’Honneur en août 1846, puis le 31 août 1913, à Lacalm, on lui remit la croix d’officier de la Légion d’Honneur. Le clairon Rolland avait alors quatre-vingt-douze ans.

Cette croix, apportée par le commandant Clavel du 8e B.C.P., était sertie de brillants : les 31 bataillons de Chasseurs avaient organisé une souscription pour lui offrir cette croix. Le clairon Rolland était le symbole de l’Esprit Chasseur.

Le général de Castelnau, sous-chef d’état-major général de l’armée et Aveyronnais, avait été délégué par la grande chancellerie de la Légion d’honneur pour accrocher sur la poitrine de ce vieux paysan, son nouvel insigne, et le ministre de la guerre avait eu la délicate pensée d’envoyer dans ce village perdu, le drapeau, l’unique drapeau des chasseurs à pied, avec sa garde.

Plusieurs autorités étaient présentes, dont le commandant Driant. Le général de Castelnau agrafa sur la poitrine du vieux brave, à côté de la médaille coloniale, le ruban à rosette et la croix. Puis lui donna l’accolade, s’adressa à lui en patois. Mais le comble de l’émotion fut atteint lorsque le clairon Rolland regarda le drapeau.

 » Et alors, rapporta le commandant Driant, une pensée lui vint, profondément touchante, parce qu’il ne l’avait puisée dans aucune lecture. Il ignorait que, dans des circonstances officielles, des présidents de la République avaient embrassé le drapeau ; il demanda au lieutenant-colonel Valentin, un ancien commandant du 8e bataillon, que le ministre avait délégué à cette fête du souvenir, la permission d’approcher, prit timidement l’extrémité de la soie, s’inclina en la baisant pieusement et ce geste, d’une noblesse incomparable dans sa sincérité, arracha des larmes aux plus sceptiques. « 

Le clairon Rolland envoya  sa croix d’officier de la Légion d’Honneur au lieutenant-colonel Driant, dès qu’il apprit que celui-ci était lui-même décoré.

Après ses exploits, il est revenu habiter dans son village, où il fut tour à tour facteur, garde-forestier et brigadier à Aubrac.

Son clairon ainsi que ses décorations sont visibles à la mairie de Lacalm